TRIBUNE | ECO : entre souveraineté monétaire et intégration régionale, le décryptage du Dr Cheick Keita à travers le cas de la Guinée
Alors que les États de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) poursuivent les derniers préparatifs en vue du lancement de l'Eco, la future monnaie unique régionale, la décision de la Guinée de maintenir le franc guinéen continue de susciter de nombreuses réactions parmi les économistes et les décideurs africains.
Une contribution du Dr Cheick Keita
Pour le Dr Cheick Keita, économiste, analyste des politiques publiques et figure engagée dans les réflexions stratégiques sur le développement du continent africain, cette orientation constitue un choix de prudence économique plutôt qu'un recul de l'intégration régionale.
Déjà connu pour ses prises de position sur les enjeux de gouvernance, de développement durable, de jeunesse et de coopération internationale, le Dr Cheick Keita estime que l'intégration monétaire ne peut produire ses effets positifs que si les économies concernées disposent de bases productives solides et d'indicateurs macroéconomiques suffisamment convergents.
Une souveraineté monétaire à préserver
Selon lui, la Guinée ne doit pas considérer la monnaie unique comme une finalité, mais comme l'aboutissement d'un processus de transformation économique.
« Une monnaie commune ne crée pas à elle seule la richesse. Elle accompagne des économies déjà suffisamment intégrées et compétitives », explique Monsieur Cheick Keita, diplomate et acteur panafricain engagé sur les scènes internationales.
Dans son analyse, le pays dispose encore d'importantes marges de progression pour renforcer son tissu industriel, développer la transformation locale de ses ressources minières, accroître sa production nationale et diversifier son économie avant de transférer une partie de sa souveraineté monétaire à une institution régionale.
Le maintien du franc guinéen permet ainsi, selon lui, de conserver des instruments de politique monétaire indispensables pour accompagner cette phase de développement.
Des réalités économiques différentes au sein de la Cédéao
Le Dr Cheick Keita rappelle que les économies ouest-africaines présentent aujourd'hui des niveaux de développement, des structures productives et des profils commerciaux très différents.
Dans le cas de la Guinée, les échanges commerciaux avec les pays voisins demeurent relativement limités, tandis qu'une large part des exportations est orientée vers les marchés asiatiques, notamment la Chine.
Cette configuration économique réduit, à court terme, les bénéfices potentiels qu'une monnaie unique pourrait offrir au pays, tout en exposant l'économie nationale aux décisions monétaires prises à l'échelle régionale.
Les conditions d'une intégration réussie
Dans cette contribution, l'économiste insiste sur le fait que toute union monétaire repose sur des exigences particulièrement élevées.
La maîtrise de l'inflation, la stabilité budgétaire, la gestion de la dette publique et la convergence des politiques économiques constituent autant de prérequis qui nécessitent des réformes profondes.
À défaut, avertit-il, plusieurs risques pourraient apparaître :
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une perte de flexibilité dans la conduite de la politique monétaire ;
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une plus grande exposition aux déséquilibres économiques des autres États membres ;
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une concurrence accrue pour les entreprises nationales encore en phase de consolidation ;
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des difficultés à absorber les chocs économiques internationaux, notamment sur les marchés des matières premières.
Pour le Dr Cheick Keita, ces éléments doivent être évalués avec lucidité afin d'éviter qu'une intégration monétaire précipitée ne fragilise davantage certaines économies.
Une vision panafricaine de l'intégration
Loin de remettre en cause le projet de l'Eco, le Dr Cheick Keita considère que la monnaie unique demeure un objectif stratégique pour l'Afrique de l'Ouest.
Toutefois, il défend une approche progressive, fondée sur le renforcement préalable des capacités économiques nationales.
Selon lui, l'intégration régionale ne saurait être durable sans industrialisation, sans création de valeur ajoutée locale et sans amélioration de la compétitivité des économies africaines.
Cette vision s'inscrit dans une réflexion plus large qu'il porte depuis plusieurs années sur les politiques de développement, la gouvernance économique et l'émergence d'une Afrique davantage maîtresse de ses choix stratégiques.
Une contribution au débat continental
À quelques mois des décisions attendues sur l'avenir de l'Eco, l'analyse du Dr Cheick Keita alimente un débat qui dépasse largement le seul cas guinéen.
Elle rappelle qu'au-delà des ambitions politiques de l'intégration régionale, la réussite d'une monnaie commune dépend avant tout de la solidité des économies qui la composent.
Pour l'expert, la Guinée gagnerait à poursuivre ses réformes structurelles, à renforcer son appareil productif et à accélérer son industrialisation avant d'envisager, le moment venu, une adhésion à la future monnaie ouest-africaine.
Une position qui ouvre le débat sur les conditions d'une intégration monétaire réellement bénéfique pour les économies africaines.
À propos du Dr Cheick Keita
Ambassadeur de la World Union for Small and Medium Enterprises (WUSME), président de l’Observatoire Panafricain du Numérique pour le Développement (OPND) et de l’OBA, le Dr Cheick Keita est une figure engagée dans les réflexions stratégiques autour du développement économique, de la transformation numérique et de l’intégration africaine.
À travers ses engagements continentaux et internationaux, il contribue au dialogue sur les grands enjeux qui façonnent l’avenir de l’Afrique, notamment la gouvernance économique, l’innovation, l’entrepreneuriat et la coopération internationale. Son parcours illustre l’émergence d’une nouvelle génération de leaders africains mobilisés pour accompagner la transformation économique, numérique et humaine du continent, tout en portant ces enjeux sur la scène mondiale.
